• petit article à l’occasion du CLASSEMENT DE LA GROTTE CHAUVET AU PATRIMOINE MONDIAL DE L’UNESCO

    Posted on juin 22, 2014 by in Ardèche méridionale

    Depuis juin 2014 LA GROTTE CHAUVET  (découverte en déc.1994 sur la falaise du Cirque d’Estre par Jean-Marie Chauvet, Eliette Brunel-Deschamps et Christian Hillaire ) est classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.  Depuis qu’au Razal le site de restitution  » LA CAVERNE DU PONT D’ARC  » a ouvert  ses portes, les réservations vont bon train : on afflue de partout!

    MERCI à toutes les équipes de spéléologues, paléontologues et autres scientifiques, artistes…qui vivent l’aventure et nous la font partager !   

    Merci aux guides-conférenciers qui ne sont pas « standardisés » et donnent  un ton « un peu différent » à chaque visite.

    Voici un petit article dont le contenu n’appartient qu’à moi, n’engage que moi, mais s’offre aux commentaires sur le blog de la part des amateurs  qui connaissent le Conte  » Jean de l’Ours  » , que j’ai tant de plaisir à raconter. Que celles ou ceux qui aimeraient l’entendre  ne se privent pas : j’accours !

    Il est en effet émouvant d’établir un parallèle entre « JEAN  DE L’OURS » et ce que l’on trouve à l’intérieur de la grotte CHAUVET


     * Les ours des cavernes sont entrés dans la grotte Chauvet avant et après la présence humaine. Ils pouvaient mesurer env. 3mètres 50, et peser 300kgs…
    On y voit leurs traces de pas (de deux fois la taille d’une main humaine), leurs griffades et « polis d’ours » sur les parois quand ils avançaient dans l’obscurité, au risque d’effacer une peinture ! on y croise leurs bauges d’hibernation, leurs ossements, des traces de rituels…

    La tête me tourne. J’ai lu, lu…beaucoup d’ouvrages et de documents, notamment la bibliographie de Jean Clottes (chercheur au CNRS, un des spécialistes mondiaux de l’art préhistorique), découvert le spectacle de Roger Lombardo (« Homo Botticelli ») admiré nombre de films dont celui de Werner Herzog, visité beaucoup de grottes en Ardèche, en Dordogne, mais aussi dans le sud de la France et le Nord-Ouest de l’Espagne (pliée en 2, en 4, guidée par quelques guides dans les grottes ornées, pour mieux approcher les « signes » notamment)

    Et puis il y a  cette  étonnante visite virtuelle de l’original  ( www.culture.fr/chauvet )

    Ensuite il n’y a plus qu’à fermer les yeux…

    Ne pas ressortir de ces galeries obscures, rester avec ce Jean Clottes – « Jean des Grottes » ( Le C de crottes / le G de grottes sont  identiques en ancien français  dans nos régions, les grottes s’appelaient « crottes » ) grotte/crotte – calade/galet… Dans l’architecture des Cévennes et du Bas-Vivarais les « Crottes » sont aussi le nom donné aux caves, lieu essentiel pour la famille puisqu’il abrite les bêtes (chèvres, cochons…) et les outils de travail de la terre. Les crottes, pour l’excellent observateur de l’habitat rural de ces régions qu’est Michel Carlat, sont un lieu « sacré », puisque l’on passe du dehors (profane) au-dedans (spirituel), comme dans les grottes!

    Jean CLOTTES, dont la voix est là pour nous accueillir à l’entrée de la Galerie de l’Aurignacien, est Responsable de tout le Projet de l’Espace de Restitution (jusqu’à son récent départ en retraite) il guide depuis 1994  les chercheurs du CNRS, les architectes, biologistes, artistes… qui s’aventurent grâce à lui et à leur lampe frontale, de salles « figuratives » en « chambres » symboliques…

    Il me rappelle le nain du conte « Jean de l’Ours », menant malicieusement Jean, fils de l’ours(moitié homme-moitié ours), dans le placard, puis au fond du puits, vers les labyrinthes de la caverne. Jean de l’Ours va explorer les replis secrets de son inconscient, aboutissant à la découverte de la « salle du fond » (chambre des femmes, dont la princesse!), telle celle de Chauvet, appelée par certains « la salle du sorcier ». Là, une figure énigmatique fera couler beaucoup de salive et d’encre (moins énigmatique cependant pour ceux qui adhère à la thèse chamanique de l’origine des grottes ornées du paléolithique supérieur) : Sur une concrétion calcaire , « pendant » phallique  (appelé « Pendant à la Vénus »): une chimère, que d’autres nomment « thériantrope » : tête+avant-train de Bison, associé à un bras et une jambe humaine. Voilà qui rappelle le taureau dont s’était éprise Pasiphaé, épouse de Minos…) Même figuration, même mythe ! Tous y  ont pensé : Un tableau de Gustave Moreau reprend exactement les mêmes positions verticales des 2 corps de la femme et de la bête. Epoustouflant ! Voyons encore les nombreuses représentations picturales de l’enlèvement de la déesse Europe par le taureau…

    Le mythe est devenu ce magnifique conte,  à mon répertoire depuis les années 2000 et sans aucun doute un de mes plus grands bonheurs de conteuse, de « passeuse » : le Jean de l’Ours tuant la bête à 7 têtes pour entrer dans la chambre des femmes, dans la caverne souterraine !!!

    La tête me tourne…mais je dois rouvrir les yeux et lire, lire encore…

    Oui, peu m’importe que la découverte de l’équipe de Chauvet ne se visite pas ! Depuis avril 2015, la visite de l’Espace de Restitution « La Caverne du Pont d’Arc » est ouverte à tous, en lui-même un autre « chef d’œuvre » par toutes les énergies que ce projet aura mobilisées pour le bien de l’Humanité. Le  récit que les « initiés » (dont les 1ers découvreurs) font  de la Grotte Chauvet est captivant et suscite le voyage vers l’Imaginaire, la Croyance. On ne va pas sur les lieux du conte, on y croit ! Et comme dit le conteur : mieux vaut croire qu’aller voir !  Allons voir et revoir ces lieux de Magie pour re-nourrir notre imaginaire collectif...et croyons-y !

    J’aime croire ce que rapporte le chaman de ses voyages vers le monde des esprits. Ses visions, qu’elles soient provoquées par le tambour (en Sibérie ou chez les Inuits notamment) ou induites par divers moyens hallucinogènes, trouvés aux abords des grottes le plus souvent, tant en Europe de l’Ouest qu’en Amazonie, Amérique du Nord, Australie ou Afrique… sont riches d’enseignements.

    Les contes en sont l’abordable traduction, la poétique interprétation :  Ils sont le voyage « à la portée de tous », pour nous autres communs des mortels aimant parfois agiter le trousseau de clés dans nos mains fébriles. Ils nous aident à y voir un peu plus clair au fond de notre psyché,  à jauger notre inconscient collectif .  Ils nous re-lient à l’ universalité des mythes provenant de nos gènes communs et inchangés depuis 32 000, 40 000, voir plus de 100 000 ans paraît-il, gènes qui étaient prêts à l’emploi, mais faisaient partie des « déchets » inactifs, activés seulement vers 40 000 ans avant notre ère (et pourquoi donc précisément à cette période ???)

    Mais revenons au conte : Quand Jean de l’ours rencontre l’Aigle Blanche au fond du puits, prête à le faire remonter à la surface sous condition d’être nourrie de toute viande traînant dans la caverne: La tradition occitane a choisi la voracité d’un rapace… quand elle aurait pu y voir le fameux Hibou de la grotte Chauvet (unique au monde !), dont la tête est retournée à 180° pour « regarder de l’autre côté » (vers l’au-delà ?)  Mais bon ! Accordons aux conteurs occitans ce choix, qui facilite l’envol haut dans le ciel de celui qui doit accomplir sa mission de retour triomphant. N’empêche ! Les analogies entre le bestiaire des cavernes du Paléolithique et celui du conte sont frappantes dans leur symbolique. Ceci encore:  Dans le château souterrain du conte, les « gardiens » des portes de chaque enceinte, couloir ou chambre (lion, loup, bête  à 7 têtes) auraient pu être le rhinocéros à la ceinture noire, ou le Mégacéros à l’entrée du trou noir de la Salle du Sorcier à Chauvet ! On appelle cette salle le Sanctuaire, Le Saint des Saints. Il paraît que ce « trou » semble être l’entrée des Enfers »

    En fait on approche de la « salle des lions », pour laquelle John Robinson écrit : « Voici ce que semblent garder ces lions : le Saint Graal de la grotte Chauvet : le Sorcier ! »

    Tiens tiens… comme par hasard à Chauvet l’un des rhinocéros à côté des lions est pourvu de 7 cornes énormes !   Robinson écrit : « On dirait qu’il est en train d’agiter violemment la tête de haut en bas, avec colère »

    Poursuivons la visite: Par endroits on repère sur le sol les « bauges d’hibernation » des ours des cavernes (3m de taille je le rappelle!), après la salle « du crâne » (un crâne d’ours  est même posé bien en vue apparemment) alors qu’autour une 50 aine de crânes d’ours jonchent le sol. On est en train de tenter de dater des petits morceaux de charbon de bois trouvés sous et près du crâne, récoltés par Jean Clottes et son équipe.

    Un peu plus loin encore, une sorte de vasque d’eau cristalline, rappelle cette fontaine du « jardin merveilleux » que Jean de l’ours contemple depuis la fenêtre de la « chambre des filles ».

    Quel silence ! dit le conte.

    « Quel silence !  » dit John Robinson dans le recueil d’ « Impressions » sur la Grotte Chauvet, écrit à 4 mains (p65) aux éditions  du Chassel (Ibie 2007)

    Oui ! Dans la description de cette salle  « du sorcier » (sour-cier!) on se croirait dans le jardin à la fontaine peint dans le conte ! « Un moment magique de paix et de sérénité »  dit un sculpteur anglais invité là pour confronter son art à celui des cavernes.

    Sympa aussi – et tout aussi surprenante – cette analogie entre  les 8 mètres d’échelle qu’il faut emprunter pour accéder à la 1ère salle, (la salle Brunel), et les 8 jours qu’il faut à Jean de l’ours pour descendre au fond du puits en équilibre instable dans son tonneau, tonneau que les 3 géants terrorisés ont eu peur d’emprunter ! (normal: il faut plutôt de l’humilité que du gigantisme pour aborder de tels lieux!)

    Je ne peux évoquer toutes les ressemblances… la tête me tourne dans ces profondeurs, et je risque de polluer l’air de la caverne à y séjourner trop longtemps ! Je termine donc en secouant pour vous ce trousseau des 3 clefs – de fer, d’argent et d’or -  ouvrant la voie au héros du conte vers son destin d’humanité , en osant espérer que le trousseau  de clefs brandi aussi par  les découvreurs puis chercheurs de tous poils descendus à CHAUVET,  nous fasse faire un GRAND PAS VERS PLUS D’HUMANITE !

    Parce qu’il n’est JAMAIS TROP TARD !

     * * *

    * « JEAN DE L’OURS » Patrimoine oral, conte traditionnel occitan, un des contes les plus racontés avant la disparition de la tradition orale. Perrault ne l’a pas retranscrit, c’est sans doute pour çà qu’on l’a oublié. Dans sa version la plus racontée  il puise ses images archétypales dans le légendaire chrétien (l’Apocalypse de St-Jean notamment – aigle, lion…taureau ici remplacé par le loup)

    Il existe des versions tibétaines, africaines, amérindiennes. Les kurdes l’ont aussi dans leurs mythes.

    Attention bergères, à ne pas marcher sur l’herbe d’oubli ! A  moins d’aimer risquer de trouver, au bout du chemin… 

    Il y a ceux qui bougent et ceux qui restent, les sédentaires et les nomades, ceux qui n’évoluent pas et ceux qui acceptent la transformation…

     

    Parmi mes trouvailles d’ ouvrages  :

    * nombreux écrits et conférences de Jean CLOTTES

    * Jean Clottes : « l’Art des Cavernes » remarquable parution (textes et photographies aux Editions PHAEDON)

    * « Grotte Chauvet Pont d’Arc, impressions », Préface de Jean Clottes, Editions du Chassel 2007

    * Revue « National Geographic » 2001

    * « Rencontres avec les 1ers enseignants de l’humanité », Graham Hancock, Editions Alphée 2009(ouvrage de 900p. qui, bien que controversé, a le mérite de dresser , à la manière d’un journaliste, un panorama mondial des Grottes Ornées connues aujourd’hui. Leur description, parfois très précise, estune source édifiante de travail et d’inspiration pour une conteuse.)

    * mais aussi : spectacle de Roger Lombardot 2013 d’après son texte « Homo Botticelli »

    * et quelques détours : mythe du taureau=> http://www.taurillon.org/La-deesse-Europe-et-le-taureau-signification-du-mythe-dans-l-Europe            (si ce lien ne veut pas s’afficher, taper =>Gustave Moreau taureau femme dans votre moteur de recherche, puis fouillez !)
                       

    (merci de ne pas faire voyager ce contenu écrit,  par quel que moyen que ce soit)

    N’hésitez pas  à faire appel à moi en 2017 pour entendre

     »  CONTES ET LEGENDES DES CAVERNES « 

    « JEAN DE L’OURS «